mardi 28 juillet 2015

COMMENT CALCULE-T-ON LE DANGER D'INCENDIE

Le danger d’incendie est une évaluation de l’inflammabilité des combustibles forestiers (brindilles, racines, arbres, etc.) et des herbes sèches. Il provient des observations et des prévisions météorologiques des derniers jours ainsi que de l’historique des feux des années précédentes. Établie à partir des relevés de 191 stations météorologiques, cette donnée permet de prévoir le potentiel d’allumage de la forêt, mais aussi d’envisager le comportement d’un feu.


Pour connaître le danger d’incendie, il est nécessaire d’avoir en main l’Indice Forêt-Météo (IFM). Déterminé par diverses composantes tenant compte de la température (°C), de l’humidité relative (%), de la vitesse du vent (km/h) et des précipitations (mm), l’IFM est le meilleur indicateur pour prévoir le niveau d’inflammabilité de la forêt. Pour l’obtenir, il faut considérer les composantes suivantes :

Indice du combustible léger (ICL): Évaluation du potentiel d’allumage du combustible se trouvant à la surface du sol, comme les brindilles et les feuilles mortes;

Indice de l’humus (IH): Évaluation de l’humidité de la première couche de terre ou de racines sous le sol (à plus ou moins 5 centimètres de profondeur). Lorsque cette couche est sèche, le feu brûle plus profondément. Cet indice influence donc l’allumage et le comportement du feu;

Indice de sécheresse (IS): Évaluation de la sécheresse de la couche du sol sous les 5 premiers centimètres (le IH). Plus la valeur numérique de ce facteur est élevée, plus le sol est sec. Encore une fois, cela influence le comportement du feu. Le feu pourrait brûler plus profondément, ce  qui rend l’incendie plus difficile à éteindre;

Indice de propagation initiale (IPI): Évaluation de la vitesse prévue de propagation du feu en tenant compte du vent et de l’ICL. Cet indice peut en dire beaucoup sur le comportement d’un feu. Plus il est élevé, plus les flammes pourraient se répandre rapidement. Cela voudrait aussi dire qu’il y a beaucoup de vent et que l’indice du combustible léger est élevé;

Indice du combustible disponible (ICD): Combinaison des résultats de l’IH et de l’IS. Un ICD élevé contribue à augmenter l’intensité d’un feu ;

Indice Forêt-Météo (IFM): Combinaison des résultats de l’IPI et de l’ICD. Plus le IFM est élevé, plus un feu devient difficile à contrôler et plus il y a risque de conflagration (embrasée généralisée).

L’Indice Forêt Météo est donc le résultat de plusieurs facteurs. Malgré la pluie, l’indice peut tout de même être élevé en raison d’un sol asséché par une période prolongée de beau temps, par exemple. 

Dans les zones nordiques du Québec, le danger d’incendie est défini par l’Indice de Cladonie (ICLA), basé sur le ICL et le vent. Dans les secteurs où la végétation se fait moins dense et où la cladonie (mousse à caribou) prédomine, il suffit d’un sol sec et de vents forts pour obtenir un feu à propagation rapide. Sur un site comportant ce type de conditions, une journée d’ensoleillement suffit pour que le danger d’incendie soit extrême.

Généralement, on observe le plus grand nombre de feux au printemps et à l’automne en raison des combustibles forestiers plus secs. À ces moments de l’année, il suffit d’un brûlage qui tourne mal pour que les feuilles mortes au sol s’enflamment. Au fur et à mesure que le feuillage s’installe au printemps, le  danger d’incendie diminue dans le sud pour augmenter au nord de la province, jusqu’à ce que ce secteur verdisse à son tour. À l’automne, c’est le nord qui est le premier à prendre des couleurs et à perdre ses feuilles. Il s’ensuit le sud du Québec. Malheureusement, ces feuilles mortes entraînent une hausse du combustible forestier disponible. Cela explique l’augmentation du nombre de feux à ce moment de l’année.

Saviez-vous que…
Laurier Villeneuve, technicien en météorologie,
possède encore la première version de la méthode
canadienne du calcul de danger d’incendie datant de 1972.

La méthode canadienne du calcul de danger d’incendie actuelle a été implantée en 1972. À la suite d’une visite en Amérique du Nord, des spécialistes suédois ont choisi d’implanter la méthode canadienne de calcul du danger d’incendie dans leur pays. Ils ont cependant remarqué que le calcul en période printanière pourrait bénéficier de quelques changements. Puisque les résultats de ces modifications ajoutaient une plus-value à la méthode originale, les spécialistes québécois ont eux aussi choisi de changer leur façon de faire. Comme on dit, il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idées!

Pour être à l’affût du danger d’incendie dans votre région, consultez le site Internet de la SOPFEU.


lundi 20 juillet 2015

COMMENT S'ASSURER QU'UN FEU EST BIEN ÉTEINT?

Quelle satisfaction que de faire cuire la truite qu’on vient de pêcher sur un feu de cuisson, juste à côté du chalet ou de la tente. Quel plaisir que de bivouaquer autour d’un feu de camp. Discuter, philosopher, gratter la guitare, chanter ou, tout simplement, regarder les étincelles se mêler aux étoiles en dansant.


Bien sûr, il faut préparer notre feu selon les règles de l’art. Choisir un endroit sans couvert forestier, préférablement à l’abri du vent, près de l’eau et s’assurer que son nid soit libéré de toutes matières végétales pour éviter une éventuelle propagation.

Au Québec, les statistiques de la dernière décennie, révèlent qu’en moyenne chaque année 52 incendies sont imputables à des feux de camp ou de cuisson mal éteints ou laissés sans surveillance pensant, à tort, que ça s’éteindrait tout seul, avec le temps. Des sinistres qui ont détruit une superficie moyenne annuelle de 185,8 ha de forêt ayant entraînés des coûts d’extinction d’un peu plus de ½ million de dollars. Chaque année, des pertes qui, avec un peu de bon sens et d’attention, auraient pu être évitées.


MAIS COMMENT ? 


En s’assurant que notre feu est bien ÉTEINT




Quelques jours sous l’effet du soleil et du vent, un feu en apparence éteint mais qui couve encore sous les cendres peut ressurgir, se propager à la forêt environnante et dégénérer. Pour éviter ce scénario, il faut arroser, arroser et arroser jusqu’à ne plus craindre de passer sa main dans les cendres pour vérifier qu’elles sont froides. Cas contraire, il faut arroser encore ! 

Les cendres sont froides ? Vous pouvez partir en étant certain de pouvoir revenir sur un territoire demeuré intact sur lequel vous pourrez, à nouveau, vous sustenter ou passer de beaux moments autour d’un beau petit feu.




LE SAC À EAU

Le sac à eau est l’outil idéal à avoir vers soi pour éteindre un feu de camp. Il remplace agréablement les contenants rigides moins faciles à transporter. Petit, léger, malléable et hydrofuge, il contient jusqu’à 10 litres d’eau que vous n’avez qu’à verser sur votre feu autant de fois que nécessaire jusqu’à extinction totale. 

Les sacs à eau sont vendus dans les magasins Pronature.


jeudi 9 juillet 2015

LE MÉTIER DE GARDE-FEU

Au Québec, la protection des forêts contre le feu possède une histoire riche qui s’étale sur plus d’un siècle. Le garde-feu, personnage phare de son développement, a été amené à jouer de nombreux rôles allant de la détection à la prévention en passant par la mise en application des lois. Aussi appelés patrouilleurs, les gardes-feu travaillaient généralement sept jours sur sept durant une période d’environ cinq mois. Plusieurs de ces travailleurs saisonniers ont même occupé ce poste toute leur vie.
Les premiers gardes-feu sont nommés en 1889 et sont généralement sélectionnés à même la population locale afin d’effectuer la surveillance de terrains licenciés spécifiques dans leur région. À cette époque, ils touchent un salaire mensuel variant entre 50 $ et 60 $. La protection des forêts contre les feux s’organise davantage à partir de 1894 alors qu’est créée la première zone de protection dans la région de l’Outaouais. Il est alors proposé d’embaucher 27 gardes-feu permanents qui parcourront les forêts le long du réseau hydrique en fonction de la valeur des lots à protéger et des différents facteurs de risques. Les endroits les plus propices à l’éclosion de feu se retrouvent où les compagnies forestières détiennent leurs concessions, où les colons défrichent la terre et où les draveurs, les pêcheurs et les chasseurs entretiennent leurs activités et allument des feux. 

Pour ce faire, ils doivent patrouiller le territoire leur étant assigné à pied, en canot ou à cheval, et ce, tous les jours. À leurs débuts, les gardes-feu effectuent leur patrouille sur des distances moyennes variant entre 1 150 et 2 720 kilomètres. Cette façon de faire a également l’avantage de les mettre en contact avec les utilisateurs du milieu forestier qu’ils peuvent informer des risques d’incendie. Lors des patrouilles, ils affichent les textes de loi relatifs aux feux de forêt, à la chasse et à la pêche et doivent s’assurer de remplacer les exemplaires endommagés. Les gardes-feu effectuent donc un important travail d’éducation.
Figure 1 : Société d’histoire forestière du Québec- Affichage des lois



Au début du 20e siècle, les colons représentent un des risques les plus importants de feux de forêt. Ces derniers ont recours au brûlage afin d’accélérer le défrichage des terres en les débarrassant de toutes matières ligneuses. Les permis de brûlage d’abattis deviennent obligatoires en 1916, élargissant, par le fait même, le rôle des gardes-feu. Ils doivent désormais, à partir des mois d’avril ou mai, inspecter chacun des abattis de leur secteur. La tournée du garde-feu est généralement annoncée une semaine à l’avance sur le parvis de l’église. 
Figure 2 : Société d’histoire forestière du Québec- Permis de brûlage

Un second facteur de risque provient des locomotives dont les rejets de charbon enflamment parfois les bordures des chemins de fer.  Lorsque des feux s’y déclenchent, les gardes-feu ont pour mandat de relever le numéro de la locomotive et la compagnie responsable de cet incendie afin de transmettre ces informations au département des Terres et Forêts. Ils jouent également un rôle important de protection des forêts lors de la construction du chemin de fer Canadian National. Vingt-deux patrouilleurs y sont engagés afin de sensibiliser les travailleurs au danger d’incendie et faire respecter la loi sur la protection des forêts contre le feu.
Le rôle des gardes-feu inclut aussi la détection et la suppression des incendies. Après le passage d’un orage, ils doivent vérifier si la foudre a allumé des feux sur leur territoire et les éteindre le cas échéant. À partir de 1913, les gardes-feu se voient octroyer un mandat supplémentaire dans la détection des feux causés par les locomotives. Ces derniers doivent désormais suivre les locomotives à intervalle de 20 minutes à bord de draisines motorisées afin de détecter les débuts d’incendies. Ils les éteignent par la suite à l’aide d’outils rudimentaires.
Figure 3 : Société d’histoire forestière du Québec- Gardes-feu sur une draisine 

En sommes, le garde-feu est un homme à tout faire. Le travail acharné de ces gardiens de la forêt a permis la détection de nombreux incendies. Leur rôle s’estompera tout de même peu à peu avec l’arrivée des tours de détection et des avions de détection ainsi qu’avec la formation accrue d’une main-d’œuvre qualifiée dans le combat des incendies. Malgré tout, ces hommes des bois ont joué un rôle crucial dans la mise en place du système actuel de protection des forêts contre le feu en plus d’avoir su sensibiliser de larges pans de la population à ces enjeux. 

Références
Blanchet, Patrick. 2010. « Pionnier de la forêt. Michel Blanc, les forêts publiques et la protection intensive ». Histoires forestières du Québec. Vol. 3, n° 1, p. 32-43

Blanchet, Patrick. 2003. Feux de forêt, l’histoire d’une guerre. Hull : Trait d’union, 183 p.

Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Historique de la détection. En ligne. https://www.mffp.gouv.qc.ca/forets/fimaq/feu/fimaq-feu-historiquedetec.jsp. Consulté le 19 juin 2015.

Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Le permis de brûlage. En ligne. https://www.mffp.gouv.qc.ca/forets/fimaq/feu/fimaq-feu-capsule08.jsp. Consulté le 7 juillet 2015.