mardi 28 juin 2016

PLEINS FEUX SUR LE MÉTIER D'AÉROPOINTEUR

S’il en est un métier peu connu au Québec, c’est bien celui d’aéropointeur. Souvent éclipsé par les flamboyants avions-citernes, l’aéropointeur joue pourtant un rôle déterminant dans le combat des incendies de forêt.

Si l’avion-citerne ne part jamais sans lui, ce n’est pas sans raison!

À la fois analyste, contrôleur aérien et gardien de la sécurité des opérations de combat air-sol, ce spécialiste en comportement d’incendies de forêt appelé « aéropointeur » dirige les opérations de combat, du haut des airs.

Souvent le premier arrivé sur les lieux, il doit sécuriser l’espace aérien qui entoure l’incendie et gérer tous les déplacements d’aéronefs. En même temps, il survole le brasier afin d’analyser son potentiel et de repérer ce qui pourrait servir de coupe-feu ainsi que les valeurs à protéger. Alors, il planifie la stratégie d’intervention des avions-citernes.

La première analyse effectuée par l’aéropointeur constitue une étape cruciale. Selon l’heure de la journée, le comportement du feu, le peuplement environnant, l’indice de sécheresse en profondeur, la topographie, les conditions météorologiques présentes et à venir, l’aéropointeur sera en mesure d’établir une juste évaluation de l’élément  destructeur et de transmettre des informations essentielles au Centre régional de lutte, son quartier général. La première analyse qu’il effectue servira de base à l’organisation de la force terrestre qui sera dépêchée pour affronter l’ennemi.

À l’arrivée des avions-citernes, l’aéropointeur aura identifié les cibles à atteindre. Tout ça en quelques minutes qui s’avéreront cruciales. Il mesurera ensuite l’effet des largages sur le brasier. Son évaluation déterminera donc la durée de la mission des avions-citernes.

L’efficacité de l’aéropointeur 

L’efficacité de l’aéropointeur réside, en partie, dans sa capacité à tourner en rond! Paradoxal, n’est-ce pas? C’est que l’aéropointeur prend place à bord d’un bimoteur qui le mène rapidement au-dessus de l’incendie. Tout au long de la mission, qui peut durer jusqu’à 6 heures, l’appareil tourne autour du brasier, ce qui demande beaucoup d’endurance et un cœur ne souffrant pas du mal de l’air.

Au-dessus de la mêlée, l’aéropointeur joue un rôle stratégique en coordonnant tout le bal aérien. C’est l’aéropointeur qui détourne les aéronefs de l’espace aérien de l’incendie et qui autorise l’arrivée des appareils destinés à la lutte. Il doit également s’assurer que chaque pilote respecte l’altitude et la trajectoire établies pour éviter tout risque de collision entre appareils. Il est, en quelque sorte, une tour de contrôle volante. Il peut coordonner le travail de deux, quatre, six et parfois même jusqu’à une dizaine d’appareils sur un même incendie.

On comprend dès lors l’importance des communications radio pour l’aéropointeur et les membres des équipes de combat. L’échange d’information-clé, selon les points de vue terrestre et aérien, est un gage de succès.

Pour contrer les forces de la nature, alors qu’un incendie de forêt se déchaîne, il faut savoir mettre à profit autant les forces aériennes que terrestres. Le tout dans une perspective d’efficacité, de complémentarité et de sécurité opérationnelle. En ces quelques lignes se résument le savoir-faire et les défis que doit relever l’aéropointeur, chaque fois qu’un incendie de forêt nécessitant l’intervention d’avion-citerne est signalé.

Aéropointeur : une profession pour laquelle il y a peu d’élus

N’entre pas qui veut au sein de cette profession. Si cette fonction en était à ses balbutiements au début des années 70, la SOPFEU compte maintenant une douzaine d’aéropointeurs aguerris. Leur parcours est varié, mais le cheminement privilégié est d’avoir œuvré comme pompier forestier. La formation en foresterie est aussi bien importante. Outre l’aspect académique et l’expérience pratique, c’est le style de vie qu’impose la profession qui requiert le véritable feu sacré.

L’aéropointeur est appelé à effectuer de longues heures de travail. Partir en mission, c’est un billet « aller », sans garantie de retour le soir venu... ni même la semaine suivante! Un aéropointeur peut habiter à Maniwaki, travailler près de Val-d’Or dans la journée, dormir à Roberval, puis repartir le lendemain pour la Côte-Nord. Selon la situation des incendies dans la province, ses services seront requis là où les avions-citernes seront dépêchés.

À quoi carbure l’aéropointeur lorsqu’il n’y a pas de feu?

Quand on veut la paix, on prépare la guerre... Il refait ses munitions, surveille constamment le potentiel de l’ennemi éventuel, évalue ses stratégies, peaufine son savoir-faire et amène ses collaborateurs (les pilotes et les patrouilleurs de détection) à faire de même. L’aéropointeur sait qu’une guerre, même celle contre le feu, n’est jamais gagnée d’avance!

mardi 21 juin 2016

TOUT CE QUE VOUS DEVRIEZ SAVOIR À PROPOS DE NOS PANNEAUX D'INFLAMMABILITÉ: UNE INDICATION IMPORTANTE QUI NE SE FAIT PAS SELON L'HUMEUR DE NOS COLLABORATEURS

Bien que nous puissions tous avoir recours à la nouvelle technologie pour nous informer du danger d’incendie en temps réel avant d’aller en forêt, il n’en demeure pas moins que nos panneaux d’inflammabilité ont toujours leur utilité. Malgré notre site Internet, nos applications mobiles permettant la géolocalisation, nos fameux panneaux constituent des références pour les usagers de la forêt. 


Selon un sondage Léger Marketing, réalisé en 2015 pour le compte de la SOPFEU, 50% des personnes interrogées ont affirmé se référer aux panneaux d’inflammabilité pour s’informer du danger d’incendie. Il est donc important de s’assurer de la qualité de l’information transmise quotidiennement. Pour cette raison, annuellement, le Service de la prévention et de l’information de la SOPFEU doit effectuer un suivi rigoureux auprès des gestionnaires de ces panneaux que nous appelons nos collaborateurs.

Nos panneaux en quelques chiffres :
  • Au Québec, 221 panneaux d’inflammabilité installés en forêt afin de prévenir les incendies;
  • Annuellement, on estime la visibilité des panneaux d’inflammabilité à plus de 5 160 269 d’utilisateurs de la forêt;
  • On parle d’une moyenne de 22 732 utilisateurs par panneau.


Précisons que nous n’accordons pas de panneau à toutes les demandes que nous recevons annuellement. L’objectif de cet outil est de diffuser un dernier message de prévention aux villégiateurs et aux travailleurs avant qu’ils ne s’aventurent en forêt, loin de tout lien de communication. Dans notre analyse pour l’octroi des panneaux, nous tenons compte notamment, des liens de communication disponibles, de l’occurrence des feux de cause humaine, de l’achalandage et  du peuplement forestier. Nous devons identifier les vulnérabilités pour chacun des secteurs. Il peut arriver à l’occasion de voir une réplique d’un panneau d’inflammabilité. Si notre logo n’est pas sur le panneau, il ne nous appartient pas. Ce panneau n’est donc pas assujetti à un suivi rigoureux de notre part.  

Sans nos collaborateurs (gestionnaires de nos panneaux d’inflammabilité), il serait difficile, voire impossible, de s’assurer de la qualité et de la mise à jour quotidienne du danger d’incendie sur tout le territoire québécois.  Ainsi, nos collaborateurs comme certaines ZECS, pourvoiries, parcs et autres centres de villégiature s’engagent à mettre à jour le panneau afin d’indiquer aux usagers le bon danger d’incendie qui leur est fourni par la SOPFEU. 

Cependant, cette tâche ne se fait pas à la légère. C’est pour cette raison que nous procédons à des audits qui valident la bonne gestion des panneaux d’inflammabilité  de nos collaborateurs. Dans un délai de quatre ans, tous les panneaux doivent avoir été audités afin de s’assurer de la qualité du service.

Les audits de nos panneaux

Lorsque le personnel de la SOPFEU circule en forêt, nous leur demandons de vérifier l’état de nos panneaux, de l’emplacement et de valider le danger d’incendie. Un rapport est alors fait au Service de la prévention et de l’information de la base touchée. 
                                                                   

Annuellement, les agents à la prévention et à l’information de chacune des bases auditent des panneaux. Ils valident notamment, les éléments suivants : moyen de réception du danger d’incendie, mise à jour des coordonnées et  signature du protocole d’entente du panneau.  Lors de ces visites, les agents vérifient le danger d’incendie indiqué sur le panneau de même que son état. 


Lors des audits, nous y détectons des anomalies à corriger comme le mauvais emplacement du panneau, son état qui se détériore. Ces anomalies sont corrigées le plus rapidement possible.  Pour ce qui est de la non-conformité reliée à la mauvaise indication du danger d’incendie, des avertissements verbaux sont acheminés au collaborateur pris en défaut. Si la situation devient récurrente, un avis écrit est transmis afin de remédier à la situation. Puis, si la problématique perdure, le panneau est retiré. 

mercredi 15 juin 2016

DÉBUT DE SAISON 2016

Malgré un début de saison plutôt calme en ce qui a trait aux incendies, les derniers mois ont été passablement occupés pour le personnel de la Société. Tout d’abord, le contexte économique actuel a amené une demande du conseil d’administration à la direction générale afin de procéder à une analyse des façons de faire pour identifier des pistes dans le but de diminuer les frais de fonctionnement. Afin de réaliser cet exercice, la SOPFEU a retenu les services d’un consultant en optimisation M. Luc Godin afin de  rencontrer les services de l’organisation et de bien définir les tâches accomplies. Chapeauté par Gaétan Lemaire, directeur des projets spéciaux, les résultats de cette vaste étude seront connus cet automne.

La réalisation du Plan stratégique 2016-2019 a demandé beaucoup de travail au comité de gestion afin d’établir les enjeux et les engagements qui sont le plus susceptibles de faire avancer la Société vers les horizons souhaités. Récemment accepté par les membres du conseil d’administration, le plan sera présenté aux employés au cours des prochaines semaines.

L’implantation du système de commandement d’intervention (SCI) a nécessité un effort considérable pour élaborer les formations et par la suite une importante implication du personnel qui a reçu ces formations. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir dans ce dossier, mais les réalisations actuelles sont très encourageantes.

Le printemps tardif et peu chargé a permis l’envoi de 42 pompiers forestiers, 2 représentants d’agence et 4 avions-citernes à Fort McMurray en Alberta, un exercice plutôt rare aussi hâtivement en saison.

En ce début du mois de juin, je souhaite à tout le personnel une belle saison 2016 et je tiens à rappeler que la santé et la sécurité doit être au cœur de chacune des actions que vous posez.

mardi 7 juin 2016

INTÉGRATION DE LA SÉVÉRITÉ DU FEU DANS LES OUTILS D'AMÉNAGEMENT ÉCOSYSTÉMIQUE EN FORÊT BORÉALE

Jonathan Boucher, détenteur d’un doctorat en foresterie et contrôleur au Centre provincial de lutte à la SOPFEU, a tenu une conférence devant une douzaine de personnes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), le 13 avril dernier, afin d’expliquer le sujet de ses recherches qui portent sur la méthode de caractérisation de la sévérité du feu et des bénéfices que cette méthode pourrait apporter lors de la confection de plan de récupération écosystémique après feu.

Voici un résumé de sa conférence :

Chaque année en forêt boréale, les feux génèrent de grandes quantités d’arbres morts au Québec. Considéré comme une perte de revenu potentiel pour l'économie, le gouvernement demande qu'une partie de ces arbres soit récupérée. C'est d'ailleurs une pratique connaissant une tendance à la hausse au niveau mondial. Par contre, la récupération de ce bois est régie par diverses contraintes, dont la rentabilité des opérations et le respect des normes d'aménagement forestier écosystémique (AFE) visant la conservation de la biodiversité associée aux forêts brûlées. La mise en application de l'AFE nécessite de connaître l'impact du feu sur la forêt, et ce, de façon spatialement explicite.

Dans cette optique, nous avons d’abord évalué la sévérité du feu sur le terrain dans 60 sites d’études répartis à travers cinq brûlis. Nous avons ensuite évalué le potentiel du "differenced Normalized Burn Ratio (dNBR)", une méthode de télédétection développée par des chercheurs américains pour estimer la sévérité du feu, à offrir une représentation fidèle des conditions de terrain. Les résultats positifs de cette étape nous ont permis de considérer le dNBR pour bonifier les outils d’aménagement utilisés en forêts brûlées. Du point de vue de la rentabilité de la récupération, nous avons utilisé le dNBR pour prédire la densité des attaques de Monochamus spp. (Coleoptera : Cerambycidae), qui constituent une source importante de dégradation de la qualité du bois et incidemment de sa valeur. Les connaissances acquises sur l’écologie des Monochamus spp. et les modèles établis permettent de prédire les niveaux d’attaque de ces insectes en fonction de l’essence, du diamètre des tiges et de la sévérité du feu (dNBR). Ensuite, suivant le cadre de l'AFE, nous avons cherché à identifier les forêts à haute valeur de conservation pour la biodiversité, en utilisant les coléoptères saproxyliques comme groupe indicateur, et les variables clés que sont l’essence, la dimension des arbres et la sévérité du feu (dNBR). Cela nous a permis d’identifier six groupes d’espèces écologiquement liées, desquels nous avons identifié trois groupes ayant un fort lien avec l'habitat brûlé. Puisque ces trois groupes contiennent des espèces associées aux brûlis et qu'elles sont liées à des habitats prisés par la récupération, comme le pin gris et les tiges de gros diamètres, ces espèces pourraient être négativement affectées par la récupération.

Les résultats de nos travaux, grâce à l'utilisation d'un indicateur spectral de la sévérité du feu (dNBR) dans les outils d'aménagement, rendront possible l'optimisation de la récupération après feu, tant des points de vue économiques que de la conservation, et ce, dans le respect de l'AFE.